L’histoire … du R.P.F.

Par Jean-René LAGET, Directeur des publications de dtom.fr
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Un acronyme qui résonne comme une promesse, comme une déclaration d’amour à la France. Celui qui est l’un des rares à concilier la passion comme la raison. R.P.F, pour Rassemblement du Peuple Français (à l’époque). Si le Gaullisme avait du se trouver un symbole animalier, un peu comme l’Aigle ou l’Abeille napoléoniens, on est presque sûr et certain que celui-ci aurait été… le Phénix. Parce que cet oiseau légendaire est à la fois l’ardeur comme la perpétuelle renaissance. C’est un peu aussi notre vieux pays, qui a traversé bien des épreuves.

Au dessus des clivages, « ni de Droite ni de Gauche », il est quand même raisonnablement indiscutable que le Général de Gaulle était un homme de Droite, tant son R.P.F autorisait le double encartage à la quasi-totalité des partis politiques existant à l’époque… sauf à un : le PCF, le principal parti de Gauche, sinon la principale tendance de ce bord (et bien entendu tous les partis mouillés dans la collaboration).

Seul mouvement et rassemblement de l’Histoire du Gaullisme fondé et dirigé par de Gaulle, il fut le symbole de la Résistance de l’après-guerre, aussi bien au sens de l’histoire directe que de l’histoire politique et constitutionnelle de l’époque. Il se symbolisa à sa création le 14 Avril 1947 comme une réponse à la soumission à un système et à celle d’un autre parti qui se voulait pourtant gaulliste à sa base : le MRP, pour Mouvement Républicain Populaire.

Charles de Gaulle était à ce moment là le meilleur ennemi d’un système décadent, l’interdisant d’antenne radio comme de presse, malgré un parti (appellation ne trouvant pas grâce à ses yeux) qui réunissait plus de 500.000 personnes .

Aussi, après son succès des Municipales de 1947 (35% et des grandes villes comme Lille, Marseille ou Strasbourg) et celui des Législatives de 1951 (22,3% des suffrages exprimés, plus de 4 millions de voix et 117 députés), le R.P.F deviendra de plus en plus gênant pour un système de tripatouilleurs électoraux voulant empêcher sa formidable ascension mais sera aussi victime des insoumis stratèges du Dimanche dans ses rangs, désarmant peut-être le Général, mais qui au final les terrassera à chaque fois à mains nues pour arriver à l’acte fondateur du 4 Octobre 1958.

Mis en sommeil le 13 Septembre 1955, il n’aura pas réussi à abattre démocratiquement « cette constitution dont on peut dire qu’un tiers des électeurs l’a approuvée, un tiers l’a rejetée et un tiers l’a ignorée », comme disait son fondateur mais aura contribué à cette prise de conscience politique.

La prise de conscience politique, c’est un autre homme qui la prendra des décennies plus tard. Le Général n’a t-il pas déclaré le 6 Mai 1953, au lendemain d’élections municipales désastreuses « voici venir la faillite des illusions, il faut préparer le recours » ?

Et cette «faillite des illusions » était incarnée par la descendance revendiquée du R.P.F : le RPR, Rassemblement Pour la République crée par Jacques CHIRAC en 1976. Celui qui se voulait le «plus grand des rassemblements » basculera progressivement vers la servitude envers l’oisiveté du Pouvoir de son leader élu à la Présidence de la République en 1995.

Quel était alors le « recours » ?

Charles PASQUA, grassois de naissance et de cœur, résistant à 15 ans sous le pseudonyme de « Prairie », homme des réseaux politiques… comme du Ricard, figure du SAC, des Hauts de Seine, Gaulliste pur et convaincu, élu député en plein contexte de Mai 68, jugé encore aujourd’hui comme le meilleur Ministre de l’Intérieur de toute la V° République. Souverainiste, il était l’une des trois figures du NON au Référendum de Maastricht avec Philippe SEGUIN et Philippe de VILLIERS.

Pasqua - Séguin - Demain La France - Tome 1 - Novembre 1992

Pasqua – Séguin – Demain La France – Tome 1 – Novembre 1992

Il déclarait à ce sujet le 5 Septembre 1992 :

« Maastricht, et hop : oublié le chômage, Maastricht, et hop : oubliée l’insécurité, l’immigration, les fausses factures ».

Ainsi, son entreprise de « terroriser les terroristes »… de la pensée européiste, germait de plus en plus. Cela s’est déroulé en plusieurs étapes.

La partie d’échecs de Charly :

Le 20 Juin 1998, celui qui se déclare contre les commémorations et pèlerinages a pourtant profité de ce contexte de nouvel appel du 18 Juin pour relancer son association politique « Demain la France », née en 1991 et créee avec Philippe SEGUIN. Le premier tome de son programme sur « la priorité sociale » est sorti en Novembre 1992. L’association avait été mise de côté au moment de la Présidentielle de 1995, si tumultueuse.

Demain La France – Tome 1 – Novembre 1992

A la tribune du RPR, à côté de ses amis quelque peu gênés, il déclara :

« quelles que soient les difficultés, quelles que soient, les, je ne voudrais pas employer de mots trop forts, les ruptures, les attaques portées contre moi, je ne transigerai pas ».

Le ton était donné. Les mois qui suivirent ne furent qu’une succession de mises en garde de la part de l’ancien grognard du Président du RPR, bien décidé à faire fléchir son parti ou bien à l’affronter de face. Mais le parti ne voulut rien entendre.

PASQUA décide alors de passer à la vitesse supérieure. Opposé à la ratification du Traité d’Amsterdam, il démissionne le 4 Décembre 1998 de son poste de conseiller politique du Président du RPR, son ami Philippe SEGUIN.

On ne semble toujours pas le prendre au sérieux. Le mois passe, comme la trêve des confiseurs et la surprise vient le jour du nouvel an : le 1er Janvier 1999, jour de l’entrée de la France dans la zone euro, le leader gaulliste fait une annonce fracassante : il va présenter une liste aux Européennes de Juin :

« Je l’avais dit, dans la mesure où le Président de la République a décidé de ne pas soumettre la révision constitutionnelle au référendum, les français sont privés du débat sur l’avenir de leur pays à l’Europe. Et donc il faut que ce débat ait lieu. Pour qu’il ait lieu, je l’avais d’ailleurs dit en temps utile, j’ai décidé d’être moi même à la tête d’une liste. J’appelle à me rejoindre tous ceux qui ont la même analyse ».

A cette déclaration, Patrick DEVEDJIAN, porte-parole pour le RPR auprès de France 2, rappelait que le parti ne saurait l’exclure du fait de son statut de fondateur mais que :

« Si Charles PASQUA persiste dans cette attitude, je pense que lui même voudra tirer les conséquences de cette importante divergence qu’il a, à la fois avec le Président de la République et avec les organes du RPR »

A ce moment là, crédité de 4 à 5%, il est conseillé par William ABITBOL et Henri GUAINO d’aller proposer une alliance à Jean-Pierre CHEVENEMENT et son Mouvement des Citoyens (MdC), ancêtre du MRC, Mouvement Républicain et Citoyen. Et ce, malgré les appels répétés de Philippe de VILLIERS vers lui à s’allier, à Droite. Il est à ce moment là lui aussi crédité de 5%.

« Quand Charles aura fini son marché aux aromates de Gauche, et qu’il n’aura trouvé dans son caddie que des troisièmes couteaux et des troisièmes poireaux, ben nous lui disons dès aujourd’hui, Charles, il y aura toujours une soupe à la maison ».

Philippe de Villiers – 6 Janvier 1999

Pendant près de trois mois, l’ancien premier flic de France ne cessera de faire la sourde oreille, jusqu’à se faire une raison. Pour faire bonne figure, un événement sera trouvé pour justifier de la nécessité d’une fusion des deux listes, toujours respectivement créditées de 5%, soit seulement le seuil pour obtenir quelques élus et être représentés, mais sans certitude. Cet événement, ce sera l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie.

Ainsi l’alliance sera scellée le 10 Avril 1999, jugée de manière prémonitoire par la journaliste de France 2 pour le « meilleur et pour le pire »

RPF IE Origine

Grincements de dents dans l’establishment, y compris médiatique. Mais l’on sait qu’un sondage de grande ampleur va intervenir à la fin du mois.

Ainsi, le sondage CSA / Opinion Way / France 3 / France Inter / France Info /Le Parisien, réalisé les 23 et 24 Avril 1999 et diffusé le 28 Avril 1999 sur France 2 et France 3 tente de jeter le discrédit sur la Droite en général comme sur le tandem PASQUA – de VILLIERS. On ne cite pas par exemple CPNT comme un parti de Droite.

La Gauche y est donnée ultra favorite avec 41%. Le MdC de Chevènement fait partie de l’attelage diabolique principal, aux côtés du PS et du PRG, menés par François Hollande pour revendiquer 24%. Robert Hue pour le PCF et Daniel Cohn Bendit pour les Verts faisaient respectivement 8,5%

Pour la Droite, le duo SARKOZY-MADELIN pour RPR-DL culminera à 19,5%, tout en étant jugé comme un mauvais sondage par rapport à SEGUIN, l’UDF de François BAYROU : 9,5% et enfin le ticket RPF-MPF avec 8%, talonné comme de bien entendu par le FN de Jean-Marie LE PEN à 6,5% et le FN-MN pour Mouvement National, précédant le MNR, de Bruno MEGRET avec 6%. CPNT et Jean ST JOSSE étaient attendus à 2%.

Cependant, il était intéressant de voir les attentes des électeurs en matières de thématiques à aborder :

« A quoi penseront les français en votant : Yougoslavie et Kosovo : 45% – Inégalités sociales : 43% – situation économique de la France : 33% »

Et comme bien souvent, les sondeurs ne verront rien venir.

On retrouve plus d’un mois plus tard ce même ticket aux sommets de popularité. Cela se confirmera à Toulon, à l’époque municipalité frontiste dans la tourmente des affaires Poulet Dachary et Jean-Marie Lechevalier.

Le 2 Juin 1999, Pasqua s’exprime en ces termes devant un auditoire conquis et répondant en grand nombre au rendez-vous.

« Je suis corse. Il y a ici pas mal de compatriotes et ils entendent comme moi parler en permanence de la nécessité de rétablir l’Etat de Droit : parlez en moins et faites-le. Et faites le également dans les 800 quartiers de France dans lesquels la Police ne peut plus rentrer compte tenu du comportement des bandes qui s’y trouvent ».

Mais Toulon n’est qu’une mise en jambe : le corse et le vendéen préparaient leur grand coup depuis déjà quelques jours : le super meeting de l’Hippodrome de Vincennes le 5 Juin 1999. Rien n’était trop beau pour subjuguer une presse et des médias désormais attentifs et conciliants avec la nouvelle Droite souverainiste qui se constitue alors chaque jour.

Meeting de l'Hippodrome de Vincennes - 5 Juin 1999 - Nicolas DUPONT-AIGNAN et Jacques MYARD - Images INA.fr

Meeting de l’Hippodrome de Vincennes – 5 Juin 1999 – Nicolas DUPONT-AIGNAN et Jacques MYARD – Image INA.fr

Mais la plus belle des surprises, celle du chef, c’était ces 8 parlementaires RPR dissidents se prononçant pour leur liste à 8 jours du scrutin. Deux d’entre eux, Nicolas DUPONT-AIGNAN, le futur Président de DLR et Jacques MYARD, le futur membre cofondateur de La Droite Populaire au sein de l’UMP, avaient même fait le déplacement. Et le plus bavard des deux, le jeune député- maire d’Yerres, se laissa aller à jouer à la vedette :

« Il y a 3 conceptions de l’Europe dans ce scrutin européen dans l’opposition, comme il y en a 3 à Gauche. Dédramatisons, exprimons chacun notre sensibilité et puis ainsi le 13 Juin au soir, on verra ce que pèse chaque sensibilité »

Et à l’ancien cauchemar de la Gauche, déterminé à « cheffer », comme disait son ancien ami corrézien, de dire :

«Nous appelons à nous rejoindre les hommes et les femmes qui ont au cœur l’amour de la patrie ».

Arriva le jour fatidique : alors que les bureaux de votes fermaient à l’échelle européenne à 22h, l’abstention donnée au JT de 20h de France 2 était de 53%, plus qu’en 1994 : 47%. Au même moment était présenté le tout nouveau Parlement Européen de Strasbourg : coût total de l’opération : 3 milliards de francs.

Les électeurs durent ainsi départager 20 listes dont les principales :

le 14 Juin 1999, les scores définitifs étaient annoncés :

selon France 2, la Droite totalisait 34,9% des suffrages exprimés. Une donnée erronée cependant puisque le véritable pourcentage était de 41,67% avec les 6,77% de Jean ST JOSSE et CPNT.

Le RPF provoqua le séisme espéré : il arriva en tête pour la Droite avec 13% (13,06% et 13 élus), devant le RPR-DL de Nicolas SARKOZY (12,7%). Charles PASQUA tenait sa revanche pour le coup de poignard dans le dos, alors qu’il était à l’hôpital, de la part de Nicolas SARKOZY pour les municipales de 1983 à Neuilly sur Seine.

RPF Le Vote Pasqua

Il déclarera en 2012 à France 2, lors d’ « Un jour un Destin » consacré à l’ancien Chef de l’Etat :

« Je lui avais demandé de s’occuper de ma candidature. Eh bien il s’en est occupé ».

L’UDF de François BAYROU arriva en 3° position de la Droite et du Centre avec 9,2%

Le FN était à 5,7% et le futur MNR, à l’époque MN (FN-MN) : 3,2%

La Gauche quant à elle a obtenu 38,3% des suffrages exprimés :

PS-MdC-PRG : 21,9%, soit un recul de près de 3% par rapport au sondage d’Avril, les Verts : 9,7% (+1,2%) et enfin le PCF : 6,78% (- 1,72%).

Enfin, pour la première fois l’Extrême Gauche faisait son entrée au Parlement Européen avec Lutte Ouvrière et ses 5,2%

Les treize élus européens du RPF seront : issus du RPR : Charles PASQUA, William ABITBOL, Isabelle CAULLERY, Jean-Charles MARCHIANI, Florence KUNTZ, Paul-Marie COUTEAUX. Issus du MPF : Philippe de VILLIERS, Georges BERTHU, Elizabeth MONFORT, Dominique SOUCHET, Thierry de la PERRIERE, Nicole THOMAS-MAURO. Indépendante, la dernière élue n’est autre que Marie-France GARAUD, ancienne éminence grise de Jacques CHIRAC et candidate à l’Election Présidentielle de 1981 (1,33%).

Le triomphe ne sera pas modeste, et il y a de quoi : un exploit vient d’être crée. C’est une première pour la Droite classique de se faire dépasser dans ce scrutin, c’est un revival de choc à la 1974, le Gaullisme restant cependant préservé.

Ainsi, le succès de la liste RPF – Demain La France – MPF sera célébré au Parc de Saint Cloud, dans le chapiteau « Zig Zag » le 26 Juin 1999. Le matin même, le Conseil National du MPF prononçait son auto-dissolution dans le futur RPF. Pour beaucoup, cette date est le véritable acte fondateur du RPF mais la naissance légitime d’un parti notable se fait toujours par un Conseil National dans une grande salle parisienne, quoiqu’il arrive. On pourrait également se dire que la véritable naissance du parti était le 15 Juin 1999 lors de la Déclaration au Journal Officiel du « Rassemblement Pour la France et l’Indépendance de l’Europe ».

Chapiteau Zig Zag à St Cloud - 26 Juin 1999 - Charles PASQUA et Philippe de VILLIERS

Chapiteau Zig Zag à St Cloud – 26 Juin 1999 – Charles PASQUA (à Droite) et Philippe de VILLIERS (à Gauche) – Image INA.fr

Au sujet de la proximité que l’on peut avoir avec lui, PASQUA est clair : on est avec lui ou contre lui.

Ainsi, le futur leader de La Droite Populaire au sein de l’UMP, Thierry MARIANI en fera les frais :

« On ne peut pas dire qu’on est un de mes proches quand on a une position différente de la mienne. Alors il l’a peut être été il ne l’est plus depuis belles lurettes ».

Quelques jours plus tard, France 2 s’intéressera les 17 et 18 Septembre 1999 à l’affrontement RPR-RPF en Essonne. Le jeune Député-Maire d’Yerres, remarqué au moment du meeting de l’Hippodrome de Vincennes est filmé en train de mobiliser ses troupes pour tenter de vider la fédération RPR, désormais dirigée par Georges TRON.

Promu Secrétaire Général Adjoint, Nicolas DUPONT-AIGNAN décoche déjà ses premières flèches contre un certain… Nicolas SARKOZY. Celui qu’il a plus que probablement fait tomber en 2012 plutôt que le FN :

« J’ai été menacé par le Secrétaire Général de l’époque, Nicolas Sarkozy : « on va te priver de ton investiture, etc… »

Le lendemain, les caméras sont de retour en Essonne pour désormais s’intéresser au ressenti du RPR local. 1/3 de ses adhérents n’a alors pas renouvelé sa cotation.

2 députés européens du RPF : Wiliam ABITBOL et Paul-Marie COUTEAUX, écriront une tribune dans le Monde le 30 Septembre 1999 intitulée « Souverainisme, j’écris ton nom ».

Les jours passent, l’euphorie n’est pas retombée mais les premières tensions apparaissent. Comme en Janvier, William ABITBOL et Henri GUAINO reviendront à la charge pour tenter d’imposer leur ligne de tendre la main à la Gauche souverainiste. Ils sont alors perçus comme étant de la « ligne légitimiste », celle de Charles PASQUA. L’autre ligne étant celle de Philippe de VILLIERS.

Naissance du RPF - Charles PASQUA - 21/11/99 - Cliquer dessus pour agrandissement

Naissance du RPF – Charles PASQUA – 21/11/99 – Cliquer dessus pour agrandissement

Mais voilà, si Charles PASQUA a amené les cadres pour constituer le RPF, Philippe de VILLIERS a amené… les financements et la structure du MPF, ce qui n’est pas banal. Ainsi, les 7000 (et non 5000 comme dans le reportage) adhérents et militants surent en tenir compte lors du Congrès Fondateur du 21 Novembre 1999 à la Porte de Versailles.

PASQUA est désigné Président, de VILLIERS Vice-Président et la ligne droitière du vicomte vendéen est validée.

Le nouveau Président du RPF, après un lapsus le « faisant rajeunir de 23 ans », par rapport à la fondation du RPR dans ces mêmes lieux, fait un très beau discours.

Le logo a laissé tomber « Indépendance de l’Europe » (provisoirement), tout comme le gris, le bleu et le blanc pour se doter d’un étonnant logo bleu, blanc… orange, à étoiles, faisant pourtant européennes. Qu’importe.

La machine est lancée, mais les lendemains déchantent : le nombre d’adhérents décolle, mais très faiblement. Avec ses 8000 à 10.000 adhérents, le RPF reste un nain par rapport au RPR, même si celui-ci connaît une érosion de ses rangs (il ne restera plus en Avril 2002 que 90.000 adhérents pour la formation de Jacques CHIRAC, ce qui l’encouragera aussi à la création de l’UMP), mais surtout : les cadres RPR et FN ne se bousculent pas pour rejoindre le parti. Concurrence parallèle de Démocratie Libérale et du Mouvement National Républicain, notamment.

ABITBOL voit rouge, mais se tait. Charles PASQUA et Philippe de VILLIERS sont en rivalité pour la désignation du candidat du parti à la Présidentielle. Les scores aux quelques élections anticipées sont décevants.

Le Vice-Président du RPF s’inquiète de plus en plus des finances du parti, pointant alors auprès de « son ami Charles » une « gestion fantaisiste et un accroissement anormal de la dette du parti », surtout en période non électorale.

Charles PASQUA fait fi de ses remarques et accélère le calendrier de désignation du candidat RPF à la Présidentielle. Il est désigné comme tel le 6 Janvier 2000. De VILLIERS poursuit son indignation et le fait savoir de plus en plus fort.

Des élections internes ont lieu en Février : elles donnent l’avantage à la ligne de VILLIERS. Quelques semaines plus tard, récidive cette fois-ci du côté de Charles PASQUA qui, par un référendum, veut se voir confier les pleins pouvoirs au parti, y compris la désignation de candidat à la Présidentielle. Les villiéristes qualifient la manœuvre de « putsch » et décident de saisir les tribunaux, considérant alors une rupture des statuts du RPF.

Les deux dirigeants ne se parlent plus depuis des mois. On tâche cependant de préserver les bonnes apparences et faire bonne figure par une campagne contre le quinquennat et la cohabitation, alors que le Président de la République avait accepté le principe de changement de la Constitution de la V° République dans ce sens.

Le RPF organisa un meeting sur Paris pour prévoir la campagne de l’Automne et du NON au Référendum sur le Quinquennat.

Le 18 Juillet 2000, soit un jour avant la rupture entre Charles PASQUA et Philippe de VILLIERS et son MPF, les 2 frères ennemis s’étaient pourtant encore montrés ensemble dans le but de préparer cette campagne.

Et puis arriva le lendemain, 19 Juillet 2000 : le MPF reprit sa liberté. De son côté, ABITBOL, tout en restant dans le giron RPF, fonde avec 2 Députés Européens RPF et ex RPR comme lui : Paul-Marie COUTEAUX et Florence KUNTZ : Combats Souverainistes.

Les différends entre le RPF et le MPF s’étalent dans les médias, au fil des révélations et des accusations, comme en témoigne cette vidéo du 9 Janvier 2001 :

Qu’importe. Charles PASQUA et son parti se consacrent aux difficiles Municipales et Cantonales de Mars 2001. Les résultats sont très décevants, y compris dans les terres les plus favorables au RPF, comme les Alpes Maritimes, berceau de la famille PASQUA outre la Corse.

Lionnel LUCA, alors Député-Maire de Villeneuve Loubet et Président de la Fédération RPF des Alpes Maritimes, est envoyé par PASQUA pour mener une liste sur Cannes. Faisant 11,20% au premier tour, il tombe à 9,95% au 2°, face à Bernard BROCHAND pour le RPR, élu avec 44,98% et pourtant handicapé par la présence de l’UDF Gilles CIMA (19,44%, qui progressa par rapport au 1° tour : 18,20%).

Douche froide à 1 an de l’élection Présidentielle de 2002. Il déclare sa candidature le 29 Janvier 2002 mais les médias ne sont plus aussi présents qu’avant, sauf pour enfoncer un peu plus Charly qui peine à décoller dans les sondages : il pèse seulement 3% des intentions de vote au 16 Mars 2002, n’étant même pas sûr d’obtenir ses 500 parrainages.

Charles PASQUA - RPF

Charles PASQUA – RPF – Image INA.fr

Il déclare :

«Mon sentiment, je vous le livre, et c’est aussi pour ça que je suis candidat pour leur dire leurs 4 vérités. Je crois qu’en réalité ils ne s’occupent que d’eux même et c’est la raison pour laquelle moi j’ai décidé d’y aller et de leur dire ce que je pense ».

Jacques CHIRAC a fait passer des consignes : ni PASQUA ni de VILLIERS ne doivent avoir leurs signatures et pour cause : il ne l’a jamais avoué mais il fait tout en son possible pour que Jean-Marie LE PEN arrive au 2° tour, seule solution pour lui de repasser face à Lionel Jospin, en profitant également des très nombreuses divisions des voix de Gauche.

Finalement, le 4 Avril 2002, il n’obtient pas ses parrainages. La quasi-totalité de ses parlementaires européens restants rallient alors la candidature du Pôle Républicain de Jean-Pierre Chevènement.

Les 9 et 16 Juin 2002 aux Législatives, le RPF peine à avoir des élus mais il connaît quelques réélections : Lionnel LUCA, dans la 6° Circonscription des Alpes Maritimes, Philippe FOLLIOT dans la 3° Circonscription du Tarn, Jacques MYARD dans la 5° Circonscription des Yvelines, Jean-Jacques GUILLET dans la 8° Circonscription des Hauts de Seine et Philippe PEMEZEC dans la 12° Circonscription des Hauts de Seine. Il est cependant nécessaire de rappeler que leurs réélections sont dues notamment à l’absence de candidats RPR-UMP face à eux : Georges SIFFREDI est par exemple le suppléant de Patrick DEVEDJIAN dans la 13° Circonscription des Hauts de Seine.

Face à la situation, Charles PASQUA se fait une raison et veut sauver les meubles : le 22 Octobre 2002, le Bureau Politique du RPF autorise la double appartenance avec l’UMP.

A l’initiative de sa dernière parlementaire européenne, Isabelle CAULLERY, le Club Nation et Progrès est fondé avec un peu plus d’une vingtaine d’élus locaux du RPF.

Debout La République, le club politique de Nicolas DUPONT-AIGNAN fondé en 1999, qui était entre temps en 2000 retourné au RPR, servira également de réceptacle aux doubles encartés RPF-UMP.

Le 12 Mars 2003, le RPF semble vouloir raccrocher les gants en renonçant à son nom pour se rebaptiser « Le Rassemblement ».

Néanmoins, l’ex RPF – Rassemblement, tenta un dernier baroud d’honneur pour les Européennes du 13 Juin 2004 avec ses listes « La France en tête », sans succès : de 13,06% en 1999, la formation tombe à 1,70% de moyenne nationale. Alors qu’en 1999 seule l’Aquitaine semblait résister au Souverainisme, cette fois ci, toute la partie Ouest et Centre de l’Hexagone se situe entre 0 et 1,30%. Seul le Sud-Est conduit par le Secrétaire Départemental RPF du Var, Jean-Charles MARCHIANI, parvient à se maintenir entre 3,19 et 7,70% selon les départements.

A titre de comparaison dans les Alpes Maritimes, quand la liste RPF Pasqua-de Villiers faisait à Vence 929 voix, soit 20,04% en 1999, la liste MARCHIANI Sud Est ne faisait en 2004 plus que 104 voix et 2,23%, passant de la 1° à la 8° place.

L’Est était représenté par Pierre MONZANI, le Nord-Ouest par Patrice HERNU.

Charles PASQUA raccroche les gants et termine tranquillement sa carrière politique, élu Sénateur apparenté UMP des Hauts de Seine le 26 Septembre 2004, Sénat qu’il quittera le 30 Septembre 2011.

Le RPF – Rassemblement appelle en 2007 à soutenir la candidature de Nicolas SARKOZY pour l’élection Présidentielle. Il invite notamment son ancien Secrétaire Général Adjoint du RPF, Nicolas DUPONT-AIGNAN (DLR) et Christine BOUTIN (PCD) à retirer leurs candidatures, ce qu’ils feront contraints forcés, n’obtenant pas leurs parrainages.

En 2008, le RPF-Rassemblement recevait encore 160.000€ de subventions de la part de l’UMP parce que composante.

Le 18 Juin 2010, Charles PASQUA est reçu à TV5 Monde et est interrogé sur son histoire, celle du Gaullisme et sa perception de l’Avenir du Gaullisme :

« Le Gaullisme a existé avant de Gaulle : chaque fois que confronté à une situation d’effondrement ou d’abandon ou de renoncement, quelqu’un s’est levé, a appelé au sursaut, à la résistance et au rassemblement qui a conduit à la victoire, il a été gaulliste. »

« Que ce soit une idée dépassée, c’est que les français pensaient 15 jours avant le retour du Général de Gaulle au Pouvoir en 1958. Si il y avait eu un sondage je crois qu’il y avait 4% de personnes qui considéraient que de Gaulle représentait l’Avenir. Ca ne veut rien dire du tout. Ce qui fait les grands hommes, c’est la rencontre d’un grand caractère et de circonstances exceptionnelles. Si vous n’avez pas les circonstances exceptionnelles, c’est plus compliqué ».

C’est le clap de fin, mais pas pour le RPF : uniquement pour ce RPF… là.

Car comme il est dit en début d’article, le Gaullisme est un phénix de perpétuelle renaissance. Et le RPF…IE, de 1999, naissait à la suite d’une association gaulliste de 1992 : RPF (Rassemblement Pour la France), fondée et présidée par Nicolas STOQUER et qui s’était mise en sommeil pour lui. Après la Présidentielle de 2002, cette dernière s’était réveillée.

Elle se prépara progressivement pour se muer en parti politique, notamment grâce à l’absorption de l’URP, Union Républicaine Populaire de l’ancien député UMP et Maire de Palavas les Flots, Christian JEANJEAN. Igor KUREK devient alors le Secrétaire Général du RPF en remplacement de Joel RIGOLAT.

Le 9 Novembre 2011 à Colombey-les-Deux-Eglises, lors de la Commémoration de la mort du Général de Gaulle, Nicolas STOQUER en profita pour annoncer sa candidature à l’Election Présidentielle de 2012 devant les caméras de France 2 à 13h15 le Dimanche. Mais, faute du nombre de parrainages nécessaires, il dut renoncer le 15 Mars 2012, sans donner de consignes de vote pour l’avenir.

Quelques jours plus tard, le 22 Mars 2012, le Comité Directeur du RPF décide d’élire à l’unanimité comme nouveau Président du parti en remplacement de Nicolas STOQUER, le Député Christian VANNESTE, privé d’investiture UMP pour les législatives à la suite de propos jugés « controversés » sur les homosexuels.

RPF - Passation de Pouvoir à Christian VANNESTE - Image RPF

RPF – Passation de Pouvoir à Christian VANNESTE – Image RPF

Le jour même, Christian VANNESTE déclara :

« A travers cette élection, il s’agit de donner au Gaullisme la force d’un renouveau qui lui permettra de servir la France dans les circonstances difficiles qu’elle affronte, et particulièrement à l’occasion des élections prochaines ».

Le nouveau Président du RPF ne sera pas réélu mais fera un score plus qu’honorable de 13,18%. Après avoir un temps souhaité en faire le parti d’aile droite pour une Majorité avec l’UMP, le RPF s’est davantage tourné vers un projet patriotique, gaulliste, souverainiste et indépendant.

Charles PASQUA disparaitra à Suresnes le 29 Juin 2015 après une brillante carrière politique et sera enterré à Grasse après des funérailles à la Cathédrale Notre Dame du Puy où assistait la délégation du RPF conduite par le futur Délégué National RPFJ (RPF Jeunes), Jean-René LAGET, qui s’était également rendu aux derniers hommages à l’athanée grassoise à l’invitation de son ami, Serge PASQUA, petit neveu de Charles.

Articles Nice Matin Pasqua

Le RPF connaitra une profonde évolution à partir de Novembre 2015 : ce sera la rupture idéologique avec le Président sortant désormais acquis à la cause du FN et à celle de Robert Ménard, Maire apparenté FN de Béziers et qui sera remplacé par l’ancien Secrétaire Général Igor KUREK qui préside le désormais « RPF Officiel », sorte de retour aux fondamentaux approuvé par l’ensemble des responsables et élus du parti.

Longue… seconde partie de sa vie au RPF !

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